{"id":488,"date":"2024-02-05T15:00:29","date_gmt":"2024-02-05T14:00:29","guid":{"rendered":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/entretien-avec-souleymane-bachir-diagne-president-du-conseil-scientifique\/"},"modified":"2025-10-15T12:56:25","modified_gmt":"2025-10-15T10:56:25","slug":"entretien-avec-souleymane-bachir-diagne-president-du-conseil-scientifique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/entretien-avec-souleymane-bachir-diagne-president-du-conseil-scientifique\/","title":{"rendered":"Entretien avec Souleymane Bachir Diagne, Pr\u00e9sident du Conseil Scientifique"},"content":{"rendered":"<p>Le 19 janvier, le fonds franco-allemand sur la provenance des biens culturels d&rsquo;Afrique sub-saharienne a officiellement \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 au Centre Marc Bloch. En parall\u00e8le, le premier appel \u00e0 projets a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du mois d\u2019avril, les \u00e9quipes de recherche peuvent soumettre leur projet et postuler pour un financement. Le philosophe Souleymane Bachir Diagne pr\u00e9side le conseil scientifique \u00e9valuant ces propositions.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de lancement du fonds, nous nous sommes entretenus avec lui sur la contribution du fonds \u00e0 la recherche internationale sur la provenance des biens culturels d&rsquo;Afrique sub-saharienne, sur le travail du conseil scientifique ainsi que sur son lien personnel avec le projet.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi est-il important aujourd&rsquo;hui de financer des projets de recherche sur la provenance des objets culturels ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est important de faire des recherches sur la provenance, car il ne faut pas tomber dans l&rsquo;id\u00e9e simpliste selon laquelle si un objet se retrouve aujourd&rsquo;hui dans un mus\u00e9e en Occident, c&rsquo;est qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 par des moyens violents et ill\u00e9gaux. Il y a \u00e9videmment des objets dont on sait parfaitement qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 obtenus par une violence plus ou moins ouverte, en tout cas symbolique, dans le cadre du colonialisme. Mais il y a des objets qui ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitimement acquis par leur nouveau propri\u00e9taire. Il est donc tr\u00e8s important de mettre en avant l&rsquo;id\u00e9e de justice. La restitution est \u00e9videmment un acte de justice, mais \u00e9tablir que des objets sont l\u00e9gitimement l\u00e0 o\u00f9 ils se trouvent, c&rsquo;est aussi rendre justice \u00e0 ceux qui ont acquis ces objets par des transactions tout \u00e0 fait r\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi cette recherche est-elle importante pour les pays et les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Afrique subsaharienne ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a plusieurs mani\u00e8res de voir l&rsquo;importance que cela peut avoir. Il y a, par exemple, des pays o\u00f9 ces objets manquent v\u00e9ritablement parce qu\u2019ils avaient des fonctions importantes dans la soci\u00e9t\u00e9. Ici en Allemagne, on se souvient de cette sc\u00e8ne symbolique importante quand le sultan du Bamoun s&rsquo;est assis sur le tr\u00f4ne de ses anc\u00eatres qui se trouvait dans un mus\u00e9e allemand. Ce tr\u00f4ne a vocation probablement \u00e0 retourner au Cameroun. De plus, les pays africains doivent pouvoir se doter, comme tous les pays, d&rsquo;infrastructures mus\u00e9ales et montrer leur propre patrimoine d&rsquo;abord \u00e0 eux-m\u00eames afin de (re)d\u00e9couvrir et de se r\u00e9approprier ce patrimoine. Ils doivent \u00e9galement pouvoir le montrer \u00e0 ceux qui vont leur rendre visite, Il est alors important que des objets significatifs sur le plan symbolique se retrouvent dans les pays africains. Aujourd\u2019hui, si on veut conna\u00eetre le patrimoine ouest africain, mieux vaut aller au mus\u00e9e du Quai Branly.<\/p>\n<p><strong>Quelle sera la contribution du fonds Franco-Allemand ?<\/strong><\/p>\n<p>Ce fonds Franco-Allemand a pour objectif de donner les ressources n\u00e9cessaires pour mener les recherches. Les financements proviennent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 des deux pays. Au total, la somme annuelle sera 720.000 \u20ac pendant trois ans. Il s\u2019agit d\u2019une entreprise tr\u00e8s importante, car la France et l&rsquo;Allemagne sont \u00e0 la pointe d\u2019un processus de restitution d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;objets africains qui ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s au continent africain.<\/p>\n<p><strong>Que peut-on faire du savoir qui va \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par cette recherche de provenance ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que les informations ont elles-m\u00eames une valeur acad\u00e9mique et que les recherches vont faire l&rsquo;objet de publications. C&rsquo;est une mani\u00e8re de documenter la relation entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique et la signification de la relation coloniale. Un des \u00e9l\u00e9ments de la discussion du Conseil Scientifique est par exemple d\u2019\u00e9tablir qu\u2019il est tr\u00e8s important de mettre l&rsquo;accent sur la publication parce que le grand public doit \u00eatre au courant. Il est essentiel d\u2019informer sur la nature des liens qui ont conduit \u00e0 ce que ces objets se soient retrouv\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 ils sont maintenant et sur la nature des liens que ces objets vont cr\u00e9er aujourd&rsquo;hui. La question des restitutions a \u00e9t\u00e9 pendant tr\u00e8s longtemps, une question purement institutionnelle. C&rsquo;est seulement aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;une v\u00e9ritable opinion publique s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e autour de cette th\u00e9matique. Une telle opinion publique doit \u00eatre inform\u00e9e et c&rsquo;est pour cette raison que nous avons insist\u00e9 non seulement sur la publication des r\u00e9sultats, mais aussi sur la publication des donn\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>La recherche de provenance devient de plus en plus une priorit\u00e9 politique des gouvernements en Europe. Comment ce fonds Franco-Allemand s\u2019inscrit-il dans ce d\u00e9veloppement ?<\/strong><\/p>\n<p>La recherche de provenance est importante pour la France et l&rsquo;Allemagne, parce qu\u2018elle entre dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une mise \u00e0 plat de leur propre pass\u00e9 colonial. Faire face \u00e0 son propre pass\u00e9 colonial, c&rsquo;est aussi s&rsquo;interroger sur la provenance de ces objets. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu des gestes relativement spectaculaires et symboliquement tr\u00e8s forts de restitution. On sait que la France, par exemple, a restitu\u00e9 au B\u00e9nin vingt-six objets qui avaient \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s du palais du dernier roi B\u00e9hanzin du Dahomey. L\u2019Allemagne, dans un geste absolument spectaculaire, a \u00e9galement restitu\u00e9 vingt bronzes du B\u00e9nin. Pour ces objets-l\u00e0, la provenance est claire. On sait exactement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9dition militaire coloniale britannique en 1897.<\/p>\n<p><strong>Et quelle proc\u00e9dure pour les objets dont la provenance n\u2019est pas claire ?<\/strong><\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 viennent-ils ? Par quelle proc\u00e9dure ont-ils \u00e9t\u00e9 acquis ? Ces questions ont une importance politique car la France et l&rsquo;Allemagne s\u2019engagent \u00e0 faire en sorte que l&rsquo;Afrique r\u00e9cup\u00e8re ses tr\u00e9sors artistiques. Une r\u00e9cup\u00e9ration qui ne signifie pas n\u00e9cessairement simplement de vider un mus\u00e9e A en Europe et essayer de remplir un mus\u00e9e B en Afrique. Ces objets \u2013 c&rsquo;est la position philosophique que je d\u00e9fends\u2013 ont vocation \u00e0 unir, \u00e0 cr\u00e9er du lien entre le Nord et le Sud, \u00e0 \u00eatre les symboles d&rsquo;un partenariat \u00e0 \u00e9tablir.<\/p>\n<p><strong>Comment cela pourrait se traduire dans la pratique ?<\/strong><\/p>\n<p>Quand, par exemple, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res allemand est all\u00e9 au Nigeria avec ces objets, il ne s&rsquo;agissait pas simplement de les ramener \u00e0 leur place. Il s\u2019agissait \u00e9galement d\u2019une r\u00e9flexion sur un partenariat. De nouveaux mus\u00e9es seront cr\u00e9\u00e9s et aussi des relations entre les mus\u00e9es. Ces objets ont donc aujourd&rsquo;hui une signification politique de tisser des liens avec l&rsquo;Afrique, un continent qui de nos jours demande des partenariats d&rsquo;\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal. Il est important que la restitution des objets d&rsquo;art soit le symbole de ce partenariat nouveau, de cette relation \u00e9mergeante que l&rsquo;Europe veut \u00e9tablir avec l&rsquo;Afrique au-del\u00e0 du contentieux colonial.<\/p>\n<p><strong>Parlons du fonctionnement de ce fonds. Dans le Conseil scientifique sont repr\u00e9sent\u00e9s des personnes universitaires et des institutions culturelles. Comment le Conseil scientifique s&rsquo;est-t-il assembl\u00e9 et quel sera son r\u00f4le \u00e0 l&rsquo;avenir ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a un Comit\u00e9 de pilotage des tutelles administratives des diff\u00e9rents minist\u00e8res allemands et fran\u00e7ais. Ce \u00ab Steering Committee \u00bb s&rsquo;est adress\u00e9 au Centre Marc Bloch pour avoir un contenu scientifique acad\u00e9mique pr\u00e9cis et c&rsquo;est ainsi qu\u2019un certain nombre d&rsquo;universitaires et de responsables de mus\u00e9es fran\u00e7ais, allemand et d&rsquo;Afrique subsaharienne ont \u00e9t\u00e9 pressentis.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi pensez-vous que cette approche interdisciplinaire est importante et comment pensez pouvoir y contribuer depuis votre perspective universitaire ?<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est en tant que philosophe que je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la philosophie des arts africains. Mais il y a ainsi des disciplines comme l&rsquo;ethnologie, l&rsquo;anthropologie et l&rsquo;histoire de l&rsquo;art qui ont des choses \u00e0 dire en la mati\u00e8re. Ce sont ces diff\u00e9rentes disciplines-l\u00e0 qui constituent ce qu&rsquo;on appelle les \u00e9tudes africaines. Elles couvrent tous les aspects de la signification philosophique, cosmologique et anthropologique des objets africains qui se retrouvent dans les mus\u00e9es occidentaux. Il est \u00e9vident que la mus\u00e9ologie doit \u00e9galement y \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous pensons que l&rsquo;objet lui-m\u00eame appelle \u00e0 la collaboration de plusieurs disciplines des humanit\u00e9s et des sciences sociales.<\/p>\n<p><strong>Vous avez parl\u00e9 de votre r\u00f4le comme pr\u00e9sident du Conseil Scientifique. Pourquoi \u00e9tait-il important pour vous de faire partie de ce projet et d&rsquo;assumer cette fonction ?<\/strong><\/p>\n<p>Dans mes recherches philosophiques j&rsquo;ai \u00e9crit un livre portant sur les arts africains et leur signification philosophique. J&rsquo;ai consacr\u00e9 ce livre \u00e0 la philosophie de l&rsquo;art africain de Senghor, ce qui a fait que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un des accompagnateurs, un des amis de B\u00e9n\u00e9dicte Savoy et de Felwine Sarr lorsqu&rsquo;ils ont \u00e9crit le rapport sur la restitution qui leur avait \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais. Cette association avec la r\u00e9flexion sur la restitution a fait que mon propre travail de r\u00e9flexion sur la philosophie des arts africains et la philosophie africaine s&rsquo;est engag\u00e9 dans de nouvelles voies.Puisque nous \u00e9tions trois membres africains dans le Conseil scientifique, il fallait bien que l&rsquo;un de nous trois puisse se proposer. Mes coll\u00e8gues me faisant confiance pour \u00eatre le pr\u00e9sident, je n&rsquo;allais pas me d\u00e9rober \u00e0 ces responsabilit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 19 janvier, le fonds franco-allemand sur la provenance des biens culturels d&rsquo;Afrique sub-saharienne a officiellement \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 au Centre Marc Bloch. En parall\u00e8le, le premier appel \u00e0 projets a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du mois d\u2019avril, les \u00e9quipes de recherche peuvent soumettre leur projet et postuler pour un financement. Le philosophe Souleymane Bachir [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":416,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-488","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/488","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=488"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/488\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":499,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/488\/revisions\/499"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/416"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=488"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=488"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}