{"id":1950,"date":"2026-06-11T11:50:27","date_gmt":"2026-06-11T09:50:27","guid":{"rendered":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/?p=1950"},"modified":"2026-06-11T11:50:27","modified_gmt":"2026-06-11T09:50:27","slug":"circulations-et-provenance-dobjets-guineens-en-france-et-en-allemagne-produire-un-savoir-partage-susceptible-detre-readapte-dans-dautres-contextes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/fr\/circulations-et-provenance-dobjets-guineens-en-france-et-en-allemagne-produire-un-savoir-partage-susceptible-detre-readapte-dans-dautres-contextes\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Produire un savoir partag\u00e9, susceptible d\u2019\u00eatre r\u00e9adapt\u00e9 dans d\u2019autres contextes\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Yvonne Curtis est \u00e0 l\u2019initiative avec Isma\u00eflou Bald\u00e9, Amirou et Cont\u00e9 Mathieu Fribault, d\u2019un projet in\u00e9dit, donnant la parole aux communaut\u00e9s d\u2019origine dans plusieurs localit\u00e9s en Guin\u00e9e (Conakry). Elle a r\u00e9uni un r\u00e9seau de plus d\u2019une cinquantaine d\u2019acteurs locaux pour faire entendre leur voix. Elle revient dans cet entretien sur les origines de sa d\u00e9marche scientifique et sur la mani\u00e8re dont la recherche de provenance devient un enjeu d\u2019ampleur nationale dans un pays o\u00f9 la politique mus\u00e9ale est en plein essor et o\u00f9 les acteurs institutionnels comme les chercheurs accordent une place croissante au patrimoine immat\u00e9riel et \u00e0 ceux qui en sont les d\u00e9positaires. Son approche fond\u00e9e sur une enqu\u00eate de terrain est indispensable, non seulement pour faire la lumi\u00e8re sur la mani\u00e8re dont les biens culturels sont entr\u00e9s dans les collections conserv\u00e9es en Guin\u00e9e, en France et en Allemagne, mais aussi pour renouveler les liens entre les pays europ\u00e9ens et africains autour de m\u00e9moires partag\u00e9es \u00e0 construire ensemble.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourriez-vous revenir sur vos principaux th\u00e8mes de recherche et sur la mani\u00e8re dont votre parcours vous a progressivement conduite vers la recherche de provenance\u202f?<\/strong><sup data-fn=\"bc149ccd-147f-4e4b-b258-4af2e659145f\" class=\"fn\"><a href=\"#bc149ccd-147f-4e4b-b258-4af2e659145f\" id=\"bc149ccd-147f-4e4b-b258-4af2e659145f-link\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour parler de mes champs de recherches, il me faut revenir sur mon parcours biographique et sur quelques jalons de ma formation. Je suis franco-guin\u00e9enne, n\u00e9e d\u2019un p\u00e8re m\u00e9decin africain. J\u2019ai pass\u00e9 ma petite enfance en Haute-Guin\u00e9e, o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une vie rurale, rythm\u00e9e par les missions m\u00e9dicales de mon p\u00e8re, au cours desquelles j\u2019ai rencontr\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t une grande diversit\u00e9 de populations. J\u2019ai ensuite suivi ma scolarit\u00e9 primaire et secondaire en France, tout en passant mes vacances au S\u00e9n\u00e9gal, en Casamance, dans un autre milieu rural, au contact de groupes tr\u00e8s vari\u00e9s, comme les Diolas, les Mandingues ou les Peuls. Ces exp\u00e9riences ont eu une influence d\u00e9cisive sur mon parcours. Ainsi, lorsque j\u2019ai envisag\u00e9 des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, je voulais faire de l\u2019ethnologie. Or \u00e0 l\u2019\u00e9poque, en France, on ne commen\u00e7ait l\u2019ethnologie qu\u2019apr\u00e8s la licence. J\u2019ai donc d\u00e9but\u00e9 mon parcours en histoire, au moment o\u00f9 se d\u00e9veloppait la \u00ab\u00a0Nouvelle Histoire\u00a0\u00bb, un courant qui ouvrait la discipline \u00e0 l\u2019anthropologie, \u00e0 l\u2019art, \u00e0 l\u2019\u00e9tude des mentalit\u00e9s, des imaginaires. Les figures de proue de ce mouvement \u00e9taient Jacques Le Goff et Georges Duby. Apr\u00e8s ma ma\u00eetrise, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 construire un projet de th\u00e8se \u00e0 l\u2019intersection de l\u2019histoire et de l\u2019anthropologie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes th\u00e8mes de recherche se sont v\u00e9ritablement pr\u00e9cis\u00e9s lorsque je me suis inscrite \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 1, en sciences des arts, avec une option d\u2019ethno-esth\u00e9tique, qui invitait \u00e0 \u00e9tudier les arts des populations dans leurs contextes-m\u00eame. J\u2019ai choisi de travailler sur deux populations du littoral guin\u00e9en&nbsp;: les Baga et les Nalu. J\u2019ai fait le choix m\u00e9thodologique de partir des collections, comme une forme d\u2019anthropologie invers\u00e9e. Je suis d\u2019abord all\u00e9e voir les objets conserv\u00e9s en France, en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 leurs descriptions, \u00e0 leurs formes, \u00e0 leur iconographie, ainsi qu\u2019aux circulations entre la Guin\u00e9e et la France. Puis j\u2019ai men\u00e9 de longues enqu\u00eates ethnographiques aupr\u00e8s de ces populations afin de restituer ces arts dans leurs usages, leurs modes de fabrication, leurs contextes rituels et sociaux, pour progressivement en d\u00e9gager une esth\u00e9tique propre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la recherche de provenance a \u00e9merg\u00e9 comme champ d\u2019\u00e9tude, j\u2019y ai pris part activement en participant \u00e0 des colloques et des ateliers. Fin 2024, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un colloque \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole du Patrimoine Africain (EPA) consacr\u00e9 aux mus\u00e9es en Afrique. Cette rencontre m\u2019a permis d\u2019\u00e9changer avec d\u2019anciens chercheurs, ainsi qu\u2019avec des homologues b\u00e9ninois, allemands et fran\u00e7ais. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e de proposer un projet au Fonds de Provenance.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:41px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vous participez \u00e0 deux projets soutenus par le Fonds de Provenance, l\u2019un en tant que coordinatrice, Prov-Gui, \u00ab Projet Collaboratif de Recherche de Provenance des Objets de Guin\u00e9e \u00bb, et l\u2019autre en tant que participante, intitul\u00e9 Repat-Gui, \u00ab\u00a0R\u00e9seaux du Patrimoine Guin\u00e9en. D\u2019apr\u00e8s-vous, quels avantages ou perspectives ouvrait le fonds de recherche sur la provenance ?\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour moi, c\u2019est une superbe opportunit\u00e9. Jusqu\u2019ici, je menais mes recherches de mani\u00e8re ind\u00e9pendante et je m\u2019associais ponctuellement \u00e0 d\u2019autres chercheurs ou projets. C\u2019est avec l\u2019anthropologue Mathieu Fribault, qui a lui aussi travaill\u00e9 en Guin\u00e9e, que nous avons eu l&rsquo;id\u00e9e de ces projets. Depuis octobre 2025, nous travaillons avec une dizaine de chercheurs, dont Claire Bosc-Tiess\u00e9, et plusieurs historiens de l\u2019art b\u00e9ninois. Notre premier projet, Prov-Gui, visait \u00e0 consolider un r\u00e9seau, mais aussi \u00e0 nouer de nouveaux partenariats avec des institutions fran\u00e7aises, allemandes et guin\u00e9ennes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Construire un tel r\u00e9seau r\u00e9pondait \u00e0 un besoin r\u00e9el : la Guin\u00e9e \u00e9tait jusqu\u2019alors en retrait dans le domaine de la recherche de provenance. Ces financements permettent de mutualiser les efforts et de renforcer ces collaborations. Pour le deuxi\u00e8me projet, Repat-Gui, j\u2019\u00e9tais initialement cens\u00e9e organiser en autonomie un atelier lors de la Journ\u00e9e mondiale des mus\u00e9es. Mais gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019implication du Mus\u00e9e National de Guin\u00e9e au soutien d\u2019Expertise France pour le mus\u00e9e virtuel, nous pouvons d\u00e9sormais d\u00e9velopper le projet de mani\u00e8re collective et aller beaucoup plus loin dans notre travail. Ainsi nous avons r\u00e9uni en mai 2026 \u00e0 Conakry les acteurs guin\u00e9ens, b\u00e9ninois et ivoiriens du patrimoine pays pendant plus de deux journ\u00e9es auxquelles ont particip\u00e9 activement les communaut\u00e9s, mais aussi les acteurs politiques et institutionnels guin\u00e9ens et nos partenaires fran\u00e7ais et allemands, notamment Barbara Plankensteiner, qui dirige le mus\u00e9e d\u2019ethnologie de Hambourg o\u00f9 sont conserv\u00e9es d\u2019importantes collections guin\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, en quoi la dimension Franco-allemande du Fonds de provenance repr\u00e9sentait-elle une opportunit\u00e9 pertinente ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mon sens, la dimension franco-allemande a une importance tr\u00e8s particuli\u00e8re, d\u2019abord parce qu\u2019elle permet l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des fonds qu&rsquo;il est pertinent d&rsquo;aborder de mani\u00e8res conjointes. C\u2019est aussi l\u2019occasion de d\u00e9velopper des recherches et des formations qui seraient difficiles \u00e0 r\u00e9aliser autrement. Elle favorise la coop\u00e9ration scientifique avec les institutions allemandes et fran\u00e7aises qui offrent des ressources m\u00e9thodologiques avanc\u00e9es en provenance, en mus\u00e9ologie et en \u00e9thique de la restitution. J\u2019ai pu appr\u00e9hender tout cela lors de ma derni\u00e8re visite en Allemagne, notamment \u00e0 Berlin, Leipzig et Dresde.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dimension franco-allemande facilite aussi le partage d&rsquo;expertises et d&rsquo;exp\u00e9riences dans la gestion du patrimoine et dans la m\u00e9diation culturelle. Toutes ces expertises peuvent \u00eatre adapt\u00e9es et appliqu\u00e9es dans les contextes de travaux internationaux ainsi que dans le contexte guin\u00e9en. Enfin, on peut dire qu&rsquo;elle contribue au d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s des cadres de la culture et des arts en Guin\u00e9e, gr\u00e2ce aux \u00e9changes et partenariats \u00e9tablis.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi travailler sur la Guin\u00e9e avec l&rsquo;Allemagne, alors qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de contexte colonial allemand en Guin\u00e9e ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une question essentielle. En effet, il n\u2019y a pas eu de pr\u00e9sence coloniale allemande en Guin\u00e9e. Mais justement, c\u2019est important de travailler avec des mus\u00e9es allemands pour plusieurs raisons. D\u2019abord parce qu\u2019il y a un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;objets guin\u00e9ens dans les mus\u00e9es d\u2019Allemagne. Gr\u00e2ce \u00e0 notre partenariat avec les mus\u00e9es de Saxe, notamment \u00e0 Dresde et \u00e0 Leipzig, nous avons d\u00e9couvert entre 400 et 600 objets provenant de Guin\u00e9e. Parmi eux, certains remontent \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale, avant 1890.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, durant la p\u00e9riode coloniale, plusieurs exp\u00e9ditions allemandes ont travers\u00e9 les r\u00e9gions correspondant aujourd\u2019hui \u00e0 la Haute-Guin\u00e9e, alors consid\u00e9r\u00e9es comme partie du Soudan. On peut citer l\u2019africaniste bien connu L\u00e9o Frobenius. Il y a forc\u00e9ment d\u2019autres acteurs moins connus que lui qui ont parcouru la Guin\u00e9e et qui ont achet\u00e9, \u00e9chang\u00e9 des objets. Ces exp\u00e9ditions et ces acquisitions m\u00e9ritent des \u00e9tudes approfondies notamment pour en comprendre les r\u00e9seaux d\u2019\u00e9changes et les contextes de collecte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette collaboration avec l\u2019Allemagne se justifie pleinement : elle ne s\u2019inscrit pas dans une forme de post-colonialisme en Guin\u00e9e, mais dans une d\u00e9marche strat\u00e9gique et \u00e9thique. Elle permet de renforcer les capacit\u00e9s guin\u00e9ennes en mati\u00e8re de recherche de provenance et de restitution, tout en offrant un cadre scientifique rigoureux et un r\u00e9seau patrimonial plus solide. Ce projet franco-allemand a d\u2019ailleurs suscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019autres pays. En ce sens, il s\u2019agit d\u2019un partenariat prometteur et porteur pour la valorisation du patrimoine guin\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:41px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lors de votre s\u00e9jour en Allemagne, avez-vous fait une visite ou une d\u00e9couverte qui vous a particuli\u00e8rement marqu\u00e9e&nbsp;?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Absolument. \u00c0 Dresde, j\u2019ai eu acc\u00e8s \u00e0 une base de donn\u00e9es o\u00f9 figuraient plusieurs objets rappelant ce que l\u2019on d\u00e9signe aujourd\u2019hui comme des \u00ab objets de tourisme \u00bb. C\u2019\u00e9tait une d\u00e9couverte tr\u00e8s \u00e9tonnante. Nous avons d\u2019abord suppos\u00e9 qu\u2019ils avaient pu \u00eatre acquis par des particuliers, allemands ou guin\u00e9ens, avant d\u2019\u00eatre donn\u00e9s aux mus\u00e9es. En approfondissant nos recherches, nous avons appris que ces pi\u00e8ces avaient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par le mus\u00e9e \u00e0 la foire commerciale de Leipzig dans les ann\u00e9es 1970. Cela r\u00e9v\u00e8le des relations diplomatiques et politiques entre la R\u00e9publique D\u00e9mocratique Allemande et la R\u00e9publique Socialiste de Guin\u00e9e. C\u2019est une piste de r\u00e9flexion absolument passionnante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Berlin, la visite du Humboldt Forum m\u2019a \u00e9galement marqu\u00e9e. Deux \u00e9l\u00e9ments ont retenu mon attention.&nbsp;D\u2019une part, la remarquable exposition consacr\u00e9e aux Bronzes de Benin City, qui illustre le travail de co-construction entre l\u2019Allemagne, le Nig\u00e9ria et l\u2019Angleterre \u00e0 travers le projet Digital Benin. On y voyait le travail de collaboration entre les directeurs des mus\u00e9es allemands comme Barbara Plankensteiner&nbsp;et les descendants des chefs royaux. D\u2019autre part, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la collection d\u2019Am\u00e9rique Latine avec ses pi\u00e8ces arch\u00e9ologiques collect\u00e9es vers 1820 et ses impressionnantes sculptures en pierre repr\u00e9sentant les dieux azt\u00e8ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a pas d\u2019objets guin\u00e9ens au Humboldt Forum, mais une vitrine pr\u00e9sente des pi\u00e8ces provenant du Lib\u00e9ria. Ces vitrines sont class\u00e9es par collectionneurs, ce qui est int\u00e9ressant \u00e0 documenter. Si ces objets viennent du Lib\u00e9ria, les m\u00eames objets peuvent se retrouver en Guin\u00e9e, en C\u00f4te d\u2019Ivoire car c\u2019\u00e9tait les m\u00eames populations frontali\u00e8res. Pour l\u2019instant nous ne travaillons pas sur ces objets, mais c\u2019\u00e9tait une belle surprise qui ouvre des pistes de r\u00e9flexions int\u00e9ressantes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"945\" height=\"562\" src=\"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ITW-Marie-Yvonne1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2187\" srcset=\"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ITW-Marie-Yvonne1.png 945w, https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ITW-Marie-Yvonne1-300x178.png 300w, https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ITW-Marie-Yvonne1-768x457.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Exposition des Masques Dan du Lib\u00e9ria collect\u00e9s par Donner, 1936-1940. Ao\u00fbt 2025 (les Dan vivent \u00e0 la fronti\u00e8re du Lib\u00e9ria, de la Guin\u00e9e et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire), Forum Humbold Museum, juillet 2025, cr\u00e9dit photo MY Curtis<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans votre approche de la recherche de provenance, quelle vision avez-vous de la collaboration entre chercheurs de diff\u00e9rents pays et des \u00e9changes avec les institutions mus\u00e9ales\u202f? Comment ces coop\u00e9rations s\u2019organisent-elles concr\u00e8tement\u202f? Et, selon vous, que permettent-elles d\u2019apporter aux milieux universitaires et mus\u00e9aux guin\u00e9ens, fran\u00e7ais et allemands\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout commence par la constitution d\u2019une \u00e9quipe de chercheurs afin d\u2019\u00e9tablir une collaboration interne solide. Une fois ce noyau form\u00e9, nous avons \u00e9labor\u00e9 un plan de travail : prise de contact avec les mus\u00e9es allemands et fran\u00e7ais, mobilisation d\u2019universit\u00e9s partenaires et organisation de webinaires pour pr\u00e9senter le projet et \u00e9changer sur les pratiques de recherche de provenance. Ces collaborations se mettent en place \u00e0 distance ou en pr\u00e9sentiel, selon les contraintes de chacun. La disponibilit\u00e9 des institutions constitue souvent un d\u00e9fi. En France, certains mus\u00e9es de Nouvelle-Aquitaine, engag\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es dans des d\u00e9marches de recherche de provenance, ont accueilli le projet avec beaucoup d\u2019enthousiasme et ont m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 de prioriser les collections guin\u00e9ennes. Cela facilitera les visites et le travail sur place. En Allemagne, nos dialogues ont permis d\u2019ouvrir des collaborations, notamment \u00e0 Dresde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre enjeu majeur consiste \u00e0 mobiliser les \u00e9tudiants. Nous devons identifier au moins quatre \u00e9tudiants pr\u00eats \u00e0 s\u2019investir dans le projet. Nous avons rep\u00e9r\u00e9 des stagiaires au mus\u00e9e de Guin\u00e9e et des \u00e9tudiants guin\u00e9ens pour leur proposer d\u2019effectuer des stages en France et en Allemagne. Le soutien des ambassades fran\u00e7aise et allemande repr\u00e9sente \u00e0 cet \u00e9gard un atout pr\u00e9cieux pour l\u2019obtention de bourses de mobilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les webinaires occupent une place centrale dans ces dispositifs. Nous pr\u00e9voyons d\u2019en organiser quatre ou cinq pour pr\u00e9senter des exp\u00e9riences internationales de recherche de provenance. Par exemple, le premier sera consacr\u00e9 \u00e0 un cas d\u2019Am\u00e9rique latine : le travail men\u00e9 au Br\u00e9sil autour des poup\u00e9es Karaj\u00e1, en partenariat avec le mus\u00e9e de Leipzig, impliquant un dialogue direct avec les communaut\u00e9s concern\u00e9es.&nbsp;L\u2019\u00c9cole du Patrimoine Africain (EPA) de Porto Novo nous&nbsp;accompagne dans la conception de ces rencontres, et plusieurs chercheurs b\u00e9ninois participent \u00e9galement au travail, notamment sur les questions de num\u00e9risation. Concr\u00e8tement, le travail d\u00e9bute par un inventaire des objets et une cartographie des collections, suivi d\u2019une phase de classification et d\u2019un important travail d\u2019archives et de documentation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fondamentalement, ces collaborations contribuent au renforcement des capacit\u00e9s locales guin\u00e9ennes en mati\u00e8re de recherche de provenance et de recherche documentaire. Elles favorisent aussi un travail plus \u00e9troit avec les communaut\u00e9s d\u2019origine, dimension essentielle \u00e0 la recherche de provenance. Pour la Guin\u00e9e, il s\u2019agit de structurer les savoir-faire existants et de consolider des pratiques scientifiques. Pour la France et l\u2019Allemagne, ces \u00e9changes offrent l\u2019opportunit\u00e9 de partenariats fond\u00e9s sur des savoirs de terrain guin\u00e9ens et sur l\u2019analyse de corpus guin\u00e9ens. \u00c0 terme, cela produit un savoir partag\u00e9, susceptible d\u2019\u00eatre r\u00e9adapt\u00e9 dans d\u2019autres contextes.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les deux projets auxquels vous participez se compl\u00e8tent et s\u2019enrichissent mutuellement. Dans le second, la dimension d\u2019ouverture vers des publics au-del\u00e0 des milieux acad\u00e9miques et mus\u00e9aux est plus affirm\u00e9e.&nbsp;Qu\u2019est-ce qui a motiv\u00e9 ce choix, et en quoi peut-il enrichir la recherche en favorisant un dialogue avec la soci\u00e9t\u00e9 civile et les communaut\u00e9s d\u2019origine&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Effectivement, Repat-Gui prolonge Prov-Gui, mais avec une inflexion d\u00e9cisive : une ouverture plus affirm\u00e9e vers les publics non acad\u00e9miques et, surtout, vers les communaut\u00e9s concern\u00e9es. Il nous a sembl\u00e9 indispensable d\u2019aller plus loin dans l\u2019implication des acteurs locaux. Mon constat est clair : dans de nombreux projets patrimoniaux, les communaut\u00e9s n\u2019interviennent qu\u2019\u00e0 la fin du processus. En tant qu\u2019anthropologue, je suis particuli\u00e8rement attentive \u00e0 cette question, car mes recherches consistent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 impliquer les populations d\u00e8s le d\u00e9part. L\u00e0 o\u00f9 les pratiques mus\u00e9ales et certaines approches en histoire de l\u2019art restent souvent \u00e9loign\u00e9es des populations, il nous semblait essentiel de ne pas reproduire cette distance. Nous avons donc voulu associer les repr\u00e9sentants des communaut\u00e9s. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 Repat-Gui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce deuxi\u00e8me module comprend l\u2019atelier que j&rsquo;\u00e9voquais pr\u00e9c\u00e9demment, que a permis de r\u00e9unir \u00e0 la fois les partenaires scientifiques et universitaires, les mus\u00e9es, les professionnels de la culture et les repr\u00e9sentants des communaut\u00e9s issues de r\u00e9gions souvent peu visibles et peu en lien avec les institutions patrimoniales. Cette rencontre a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9mentaire d\u2019un grand \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9vu par le Mus\u00e9e National de Guin\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e internationale des mus\u00e9es, qui s&rsquo;est tenue le 18 mai 2026, afin de f\u00e9d\u00e9rer les initiatives et de donner une port\u00e9e plus large au projet. Pendant quatre jours, ces repr\u00e9sentants ont \u00e9t\u00e9 accueillis au mus\u00e9e. Notre objectif \u00e9tait de leur pr\u00e9senter les notions de provenance, de pr\u00e9servation du patrimoine, ainsi que les questions de droits, de propri\u00e9t\u00e9 et d\u2019usage des biens culturels. L\u2019objectif est qu\u2019ils soient pleinement inform\u00e9s des transformations en cours, notamment le chantier de r\u00e9novation du mus\u00e9e et le d\u00e9veloppement du mus\u00e9e virtuel,\u00a0et qu\u2019ils y jouent un r\u00f4le. Le projet pr\u00e9voit en effet de croiser les donn\u00e9es issues des archives mus\u00e9ales et nationales avec les r\u00e9cits, t\u00e9moignages et savoirs locaux. Des entretiens seront men\u00e9s, et une r\u00e9flexion est engag\u00e9e sur la cr\u00e9ation de comit\u00e9s consultatifs compos\u00e9s de repr\u00e9sentants communautaires, qui pourraient \u00eatre sollicit\u00e9s de mani\u00e8re p\u00e9renne pour les travaux men\u00e9s au mus\u00e9e ou \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0 o\u00f9 le projet Prov-Gui avait pour vocation de structurer un r\u00e9seau, Repat-Gui vise \u00e0 consolider ce r\u00e9seau tout en renfor\u00e7ant l\u2019ancrage local des recherches, en impliquant les communaut\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9part. Il nous semblait essentiel de se consacrer pleinement \u00e0 cette dimension, en int\u00e9grant les repr\u00e9sentants des communaut\u00e9s dans la recherche de provenance de mani\u00e8re permanente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Entretien in\u00e9dit r\u00e9alis\u00e9 en ligne le 22 janvier 2026 par Anouk Rogel et Elisabeth Albrecht puis \u00e9dit\u00e9 en juin 2026 par Jade Bilde et Z\u00e9lie Harscou\u00ebt.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Marie Yvonne Curtis,&nbsp;<\/strong>historienne de formation et<strong>&nbsp;<\/strong>docteure en ethno-esth\u00e9tique, est sp\u00e9cialiste des arts Baga et Nalu de Guin\u00e9e-Conakry. N\u00e9e \u00e0 Kankan en Guin\u00e9e, elle m\u00e8ne des recherches en&nbsp;anthropologie sociale et culturelle ainsi qu\u2019en histoire de l\u2019art. Ses travaux l\u2019ont conduite \u00e0 participer \u00e0 de nombreux projets universitaires et mus\u00e9aux, notamment \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne, \u00e0 la Yale University Gallery, au Smithsonian Institute, et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford. Actuellement, elle intervient comme enseignante-chercheuse en anthropologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sonfonia de Conakry. Depuis 2024, elle si\u00e8ge au conseil scientifique du mus\u00e9e virtuel de Guin\u00e9e et contribue aux r\u00e9flexions et m\u00e9thodes de recherche sur la provenance des objets patrimoniaux guin\u00e9ens&nbsp;; en Guin\u00e9e, en France et en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-Yvonne Curtis est \u00e0 l\u2019initiative avec Isma\u00eflou Bald\u00e9, Amirou et Cont\u00e9 Mathieu Fribault, d\u2019un projet in\u00e9dit, donnant la parole aux communaut\u00e9s d\u2019origine dans plusieurs localit\u00e9s en Guin\u00e9e (Conakry). Elle a r\u00e9uni un r\u00e9seau de plus d\u2019une cinquantaine d\u2019acteurs locaux pour faire entendre leur voix. 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