ProHumStra

Reconnecter les restes humains et les objets culturels : Recherche de provenance et ré-humanisation des restes ancestraux des anciennes colonies allemandes en Afrique à l'Université de Strasbourg.

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Photomontage réunissant le plan historique de l'institut anatomique de l'université impériale de Strasbourg (Archives du Bas-Rhin, 1906) et des représentations anthropo-raciales tirées des publications du médecin militaire August Widenmann. Widenmann a participé à des expéditions militaires violentes et profané les tombes des Wachaga à Moshi. Trente ancêtres Wachaga se trouvent aujourd'hui dans la collection de l'institut.

Résumé

Ce projet vise à éclairer la provenance des restes ancestraux d’une collection de l’Université de Strasbourg marquée par un passé franco-allemand particulier : entre 1892 et 1911, durant l’annexion de  l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, lorsque que l’Université de Strasbourg était devenue la Kaiser-Wilhelms-Universität, 135 restes humains provenant des colonies allemandes en Afrique de l’époque :  l’Afrique orientale allemande, le Kamerun, l’Afrique allemande du Sud-Ouest et le Togo, sont entrés  dans l’Institut d’anatomie de l’Université. ProHumStra a trois objectifs majeurs : 1) saisir les relations  franco-germano-africaines en jeu dans la recherche de provenance à partir d’une collection alsacienne ; 2) Tenter de reconnecter les restes humains et les matériaux culturels qui ont été collectés  concomitamment et ainsi développer la recherche de provenance de façon innovante ; 3) Pousser la  recherche de provenance le plus loin possible, et tenter de reconstituer les biographies et les contextes de vie sociaux, culturels et économiques des personnes dont les restes humainssont conservés à Strasbourg. L’objectif global de ce projet est de contribuer à une « ré-humanisation » (Rassool 2015)  des restes ancestraux provenant d’anciennes colonies et de participer à un changement de perspective  permettant aux sociétés africaines de se réapproprier leur passé, aussi douloureux et traumatique soitil, et de repenser la postcolonie (Bachir Diagne & Amselle 2018).

 

ProHumStra s’appuiera principalement sur desrecherches d’archives et des entretiens d’histoire orale. Une collaboration avec des musées, en particulier le Museum Fünf Kontinente à Munich et le Musée des Civilisations du Cameroun à Dschang, sera essentielle pour tenter de reconnecter les restes humains à des objets culturels. ProHumStra contribuera également à la formation à l’intersection entre universités et musées : un groupe d’étudiants en master de muséologie à l’Université de Strasbourg, en collaboration avec des étudiants de Tanzanie, créeront une exposition sur les restes humains et les matériaux culturels, par laquelle les résultats du projet seront rendus accessibles à un public non universitaire. Les résultats de ProHumStra seront également accessibles à travers la publication en Open Access d’un numéro spécial de revue, d’un ouvrage collectif, et par l’organisation de trois conférences à Strasbourg, Munich et Dschang. Une équipe interdisciplinaire de 16 chercheurs et professionnels des musées en Allemagne, au Cameroun, en France, et en Tanzanie mènera ce projet. Des recherches exploratoires, des collaborations passées entre certains membres de l’équipe ainsi que des solutions envisagées en cas d’obstacles rencontrés assurent la faisabilité de ce projet. ProHumStra peut avoir un impact politique et social significatif : il pourra ouvrir la voie à des restitutions de restes ancestraux de Strasbourg vers l’Afrique, proposer des moyens concrets de mettre en œuvre la loi française récemment adoptée sur les restitutions de restes humains, et élaborer des suggestions sur la manière de développer la future loi française sur la restitution des biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite, en partant de perspectives croisées entre l’Afrique, l’Allemagne et la France.

Durée

24 mois

Équipe