{"id":1050,"date":"2026-02-12T16:17:12","date_gmt":"2026-02-12T15:17:12","guid":{"rendered":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/n1-i-objets-metis-et-nomades-dans-la-collection-dart-africain-du-musee-national-de-beaux-arts-au-bresil-i-silvio-marcus-de-souza-correa\/"},"modified":"2026-04-10T13:43:20","modified_gmt":"2026-04-10T11:43:20","slug":"n1-i-objets-metis-et-nomades-dans-la-collection-dart-africain-du-musee-national-de-beaux-arts-au-bresil-i-silvio-marcus-de-souza-correa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/en\/n1-i-objets-metis-et-nomades-dans-la-collection-dart-africain-du-musee-national-de-beaux-arts-au-bresil-i-silvio-marcus-de-souza-correa\/","title":{"rendered":"N\u00b02 I\u00a0Objets m\u00e9tis et nomades\u00a0dans la collection d\u2019art africain du Mus\u00e9e national de beaux-arts au Br\u00e9sil\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Objets m\u00e9tis et nomades&nbsp;dans la collection d\u2019art africain du Mus\u00e9e national de beaux-arts au Br\u00e9sil<\/h1>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es sont conserv\u00e9es dans la collection d\u2019art africain du Mus\u00e9e national des Beaux-Arts (MNBA), \u00e0 Rio de Janeiro. Selon les deux catalogues publi\u00e9s par l\u2019institution (MNBA, 1983 ; MNBA, 2025), ces objets seraient entr\u00e9s dans la collection du mus\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019une donation du gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal, effectu\u00e9e lors de la visite officielle du pr\u00e9sident L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor au Br\u00e9sil en septembre 1964. Cette attribution, largement reprise par la litt\u00e9rature (Barretto, 2016&nbsp;; Batista, 2018&nbsp;; Mois\u00e9s, 2023&nbsp;; Gomes da Silva, 2024&nbsp;; Teles da Silva&nbsp;; 2025), soul\u00e8ve n\u00e9anmoins quelques questions : Senghor a-t-il effectivement offert ces ivoires au MNBA dans un cadre protocolaire ? Quelle est l\u2019origine g\u00e9ographique et culturelle pr\u00e9cise de ces objets ? Par quels r\u00e9seaux de circulation &#8211; diplomatiques, commerciaux ou mus\u00e9aux &#8211; ont-ils transit\u00e9 avant leur patrimonialisation au Br\u00e9sil ?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude s\u2019inscrit dans la recherche sur provenance qui envisage les collections non comme des ensembles fig\u00e9s d\u2019objets, mais comme des configurations historiques produites par des rapports de pouvoir, des r\u00e9gimes de savoir et des pratiques mus\u00e9ales. Les quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es sont ici abord\u00e9es comme des objets \u00e0 biographie double (pr\u00e9-mus\u00e9ale et mus\u00e9ale), dont les statuts, les significations et les valeurs se transforment au fil de leurs d\u00e9placements entre mondes de production, circuits commerciaux, dispositifs diplomatiques et espaces mus\u00e9aux. L\u2019objectif n\u2019est pas de restituer une origine unique ou une trajectoire lin\u00e9aire, mais d\u2019analyser les conditions historiques qui rendent certaines narratives mus\u00e9ales plausibles. La provenance est ainsi con\u00e7ue comme un processus dynamique, marqu\u00e9 par des discontinuit\u00e9s, des silences et des reconfigurations successives, qui constituent en eux-m\u00eames des objets d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ivoire et les cadeaux protocolaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019usage de l\u2019ivoire comme cadeau protocolaire s\u2019inscrit dans une longue dur\u00e9e qui remonte au monde antique. Comme l\u2019a montr\u00e9 Audrey Becker (2014 : 27), les cadeaux offerts par les ambassades pendant l\u2019Antiquit\u00e9 tardive marquent symboliquement le passage au temps de la diplomatie, mais ils participaient d\u2019une \u00e9conomie symbolique complexe, dans laquelle se jouaient des rapports de hi\u00e9rarchie, de reconnaissance et de pouvoir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque moderne, l\u2019ivoire demeure une mati\u00e8re pr\u00e9cieuse int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 de nouveaux r\u00e9seaux de production et de circulation reliant l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Europe (Kurnow, 1983&nbsp;; Bassani et Fagg, 1988&nbsp;; Santos, 2017&nbsp;; Mark, Horta et Almeida, 2021). De nombreux objets quittent alors leur monde de production pour faire leur entr\u00e9e sur des march\u00e9s extra-africains, souvent sous le r\u00e9gime ambigu du cadeau diplomatique. La trompe traversi\u00e8re conserv\u00e9e au mus\u00e9e du quai Branly\u2013Jacques Chirac (inv. 71.1993.6.4 D), les olifants pr\u00e9sents dans diverses collections europ\u00e9ennes ou encore la sali\u00e8re luso-africaine du Mus\u00e9e national d\u2019Art Ancien de Lisbonne (inv. 750 ESC) illustrent ces circulations dans le cadre des relations euro-africaines. Durant la traite atlantique, l\u2019ivoire africain constitue certes une marchandise, mais conserve \u00e9galement une forte valeur symbolique dans le cadre de pr\u00e9sents protocolaires, comme en t\u00e9moigne le portrait d\u2019un serviteur de Don Miguel de Castro tenant une d\u00e9fense d\u2019\u00e9l\u00e9phant, aujourd\u2019hui conserv\u00e9 au National Museum of Denmark (Correa, 2017&nbsp;; Fromont, 2012).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"175\" height=\"232\" src=\"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Photo-5-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1059\" style=\"aspect-ratio:0.7531333295525435;width:243px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">N. 9368 MNBA. Photo : S\u00edlvio Marcus de Souza Correa (Rio de Janeiro, 2025)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans les contextes postcoloniaux, ces pratiques perdurent tout en se reconfigurant. Les cadeaux diplomatiques en ivoire peuvent alors \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s dans le cadre de la diplomatie culturelle, dont ils sont mobilis\u00e9s par les \u00c9tats africains ind\u00e9pendants sur la sc\u00e8ne internationale. En avril 1962, lors d\u2019une visite officielle au Vatican, le pr\u00e9sident volta\u00efque Maurice Yam\u00e9ogo offre deux d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es au pape Jean XXIII<a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;; une d\u00e9l\u00e9gation togolaise participant \u00e0 un congr\u00e8s catholique \u00e0 Rome effectue un don analogue au souverain pontife.<a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Mitterrand re\u00e7oit \u00e0 son tour une d\u00e9fense d\u2019\u00e9l\u00e9phant comme pr\u00e9sent protocolaire de son homologue de la R\u00e9publique Centre-Africaine. Son pr\u00e9d\u00e9cesseur Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing avait \u00e9galement re\u00e7u des nombreux cadeaux protocolaires de ses homologues africains (Girard-Muscagorry, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor met en \u0153uvre une politique culturelle ambitieuse, dans laquelle la diplomatie mus\u00e9ale occupe une place centrale (Desportes, 2022). L\u2019exposition d\u2019art africain de l\u2019IFAN de Dakar au MNBA de Rio de Janeiro, organis\u00e9e en septembre 1964, constitue l\u2019un des premiers jalons de cette strat\u00e9gie culturelle \u00e0 l\u2019internationale (Correa, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La collection d\u2019art africain du MNBA de Rio de Janeiro<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1964, le directeur du MNBA acquiert une collection d\u2019environ une centaine d\u2019objets africains r\u00e9unis par Gasparino da Matta, attach\u00e9 de presse aupr\u00e8s de l\u2019ambassade du Br\u00e9sil \u00e0 Accra (Correa, 2023). En ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e, Jos\u00e9 Roberto Teixeira Leite, alors directeur du mus\u00e9e, se rend au S\u00e9n\u00e9gal afin de s\u00e9lectionner des \u0153uvres de l\u2019IFAN de Dakar destin\u00e9es \u00e0 une exposition organis\u00e9e dans le cadre de la visite officielle de Senghor au Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la mus\u00e9ologue Mariza Guimar\u00e3es (1983 : 25), \u00e0 l\u2019issue de cette exposition, le MNBA aurait re\u00e7u, \u00e0 titre de donation du S\u00e9n\u00e9gal, deux masques et plusieurs ivoires sculpt\u00e9s. Daniel Barretto (2016 : 85) indique pour sa part que, en 1964, la collection africaine du mus\u00e9e comptait 111 pi\u00e8ces, dont quatre offertes par le gouvernement s\u00e9n\u00e9galais. Ana Teles da Silva (2025 : 39) reprend cette information en affirmant que quatre ivoires auraient \u00e9t\u00e9 offerts directement par le pr\u00e9sident Senghor. Le r\u00e9cit de la \u201cdonation de Senghor\u201d est repris par d\u2019autres chercheurs (Batista, 2018 ; Mois\u00e9s, 2023 ; Gomes da Silva, 2024) sans qu\u2019aucune source primaire ne soit indiqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bulletins du MNBA de juillet et ao\u00fbt 1964 mentionnent, quant \u00e0 eux, tant\u00f4t l\u2019accroissement de la collection par des pagnes et des d\u00e9fenses d\u2019ivoire, tant\u00f4t des acquisitions rendues possibles par une allocation budg\u00e9taire sp\u00e9cifique, \u00e9voquant m\u00eame cinq d\u00e9fenses sculpt\u00e9es. Cette discordance documentaire met en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont les r\u00e9cits sur \u00ab&nbsp;la donation de Senghor&nbsp;\u00bb se construisent a posteriori, par agr\u00e9gation d\u2019informations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en boucle,&nbsp;sans qu\u2019aucune preuve mat\u00e9rielle ou archivistique ne vienne \u00e0 ce jour les \u00e9tayer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019historien dans le labyrinthe de la provenance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La provenance des quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es demeure d\u2019autant plus complexe que les archives disponibles sont lacunaires. Le registre d\u2019inventaire du MNBA pour l\u2019ann\u00e9e 1964 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 a posteriori, vraisemblablement \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, lors d\u2019un inventaire g\u00e9n\u00e9ral conduit sous la direction d\u2019Edson Motta \u00e0 la t\u00eate du mus\u00e9e entre 1976 et 1981 (Teles da Silva, 2025 : 41).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le livre de registre des \u0153uvres entr\u00e9es dans les collections (1978, vol. 6), une mention manuscrite attribue les quatre d\u00e9fenses \u00e0 une aire culturelle d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab B\u00e9nin \u00bb, sans autre pr\u00e9cision. Aucun \u00e9l\u00e9ment ne permet d\u2019\u00e9tayer cette attribution ni de la relier \u00e0 une donation du gouvernement s\u00e9n\u00e9galais. Attentive aux silences institutionnels, aux reconstructions a posteriori et aux pratiques mus\u00e9ales elles-m\u00eames notre approche et l\u2019analyse comparative permettent de recadrer les objets dans un monde de production connu depuis longtemps comme la C\u00f4te de Loango (Martin, 1972&nbsp;; Bridges, 2009&nbsp;; Janzen, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces objets proviennent d\u2019un r\u00e9seau commercial d\u2019art africain de la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle et d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, quand nombreux sont les ivoires figuratifs qui circulent comme marchandises dans un circuit commercial euro-africain. Comme le rappelle Souleymane Bachir Diagne (2025), \u00ab il ne faut pas tomber dans l&#8217;id\u00e9e simpliste selon laquelle si un objet se retrouve aujourd&#8217;hui dans un mus\u00e9e en Occident, c&#8217;est qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 par des moyens violents et ill\u00e9gaux. \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019absence de sources mat\u00e9rielles permettant de retracer pr\u00e9cis\u00e9ment la trajectoire ant\u00e9rieure des ivoires avant leur entr\u00e9e au MNBA, l\u2019analyse comparative constitue un outil heuristique central. Les diff\u00e9rences stylistiques observ\u00e9es indiquent que les quatre ivoires n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sculpt\u00e9s par un m\u00eame artisan et renvoient davantage \u00e0 la C\u00f4te de Loango qu\u2019\u00e0 l\u2019ancien royaume du B\u00e9nin.<a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019ivoire n\u00b0 MNBA 9373 pr\u00e9sente notamment de fortes similitudes avec une d\u00e9fense figurative acquise par le National Museum of African Art (Washington D.C.) en 1996 et analys\u00e9e par Andreas Nicolls lors de l\u2019exposition&nbsp;<em>A Spiral of History<\/em>&nbsp;(1998).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sc\u00e8nes et motifs d\u2019une tradition figurative<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"912\" height=\"294\" src=\"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1036\" srcset=\"https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1.png 912w, https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-300x97.png 300w, https:\/\/provenanceresearchfund.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-1-768x248.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 912px) 100vw, 912px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9tail de la d\u00e9fense d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9e. N. 9366 MNBA.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9fenses figuratives de la collection africaine du MNBA pr\u00e9sentent des convergences, tant dans les sc\u00e8nes repr\u00e9sent\u00e9es que dans les motifs iconographiques, avec d\u2019autres ivoires conserv\u00e9s dans des collections mus\u00e9ales internationales. La sc\u00e8ne de sacrifice figurant sur l\u2019objet n\u00b0 MNBA 9373 trouve ainsi un parall\u00e8le direct avec celle de l\u2019ivoire conserv\u00e9 \u00e0 Washington. De m\u00eame, le motif du serpent d\u00e9vorant sa proie, pr\u00e9sent sur l\u2019objet n\u00b0 MNBA 9366, rappelle celui de la sali\u00e8re luso-africaine du mus\u00e9e Saint-Remi (inv. 978.3251) en France.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p>Ces correspondances attestent de la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de r\u00e9pertoires formels au sein de traditions sculpturales africaines et soulignent le caract\u00e8re fondamentalement relationnel et m\u00e9tis de ces objets. Loin d\u2019\u00eatre des artefacts fig\u00e9s dans une identit\u00e9 culturelle univoque, ces ivoires t\u00e9moignent de zones de contact, des emprunts culturels et de n\u00e9gociations formelles entre mondes africains et extra-africains.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p><strong>Objets m\u00e9tis et nomades dans un cadre postcolonial<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La politique culturelle mise en \u0153uvre par L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, fond\u00e9e sur les principes de la N\u00e9gritude, conf\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00c9tat s\u00e9n\u00e9galais un r\u00f4le central dans la promotion des arts africains (Diagne, 2019). L\u2019exposition de l\u2019IFAN de Dakar au MNBA de Rio s\u2019inscrit pleinement dans cette strat\u00e9gie de diplomatie mus\u00e9ale. Toutefois, si l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une inscription des quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant dans ce dispositif demeure plausible, celle d\u2019une confusion li\u00e9e \u00e0 la concomitance entre l\u2019achat par le MNBA d\u2019une collection africaine en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 1964 et l\u2019exposition de l\u2019IFAN de Dakar de septembre \u00e0 octobre de la m\u00eame ann\u00e9e appara\u00eet plus vraisemblable.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les doutes sur leur provenance, ces ivoires doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s comme des objets m\u00e9tis et nomades. Par ailleurs, leur milieu de production constituait depuis longtemps une plaque tournante du commerce de l\u2019ivoire, et les artistes locaux empruntaient de nombreux motifs venus d\u2019ailleurs. Dans ce contexte de m\u00e9tissage, cet art figuratif en ivoire attirait une client\u00e8le vari\u00e9e et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.&nbsp;Apr\u00e8s un parcours encore largement m\u00e9connu depuis leur monde de production jusqu\u2019au monde mus\u00e9al, les quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es de la collection du MNBA ont circul\u00e9 dans plusieurs expositions itin\u00e9rantes \u00e0 Recife (1984), Belo Horizonte (1988) et S\u00e3o Paulo (2011). \u00c0 ce nomadisme physique s\u2019ajoute aujourd\u2019hui un nomadisme m\u00e9diatique et num\u00e9rique, \u00e0 travers leur reproduction dans des catalogues, des supports de m\u00e9diation et la num\u00e9risation de la collection africaine du MNBA. Cette rem\u00e9diation contemporaine constitue une nouvelle \u00e9tape de la biographie des objets, susceptible de reconfigurer les r\u00e9gimes d\u2019acc\u00e8s, d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019interpr\u00e9tation qui les entourent.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>S\u00edlvio Marcus de Souza Correa<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>S\u00edlvio Marcus de Souza Correa&nbsp;<\/strong>est<strong>&nbsp;<\/strong>professeur titulaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina (UFSC) au Br\u00e9sil. Chercheur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut des \u00e9tudes avanc\u00e9es de Paris (2013-2014), au CESSMA\/Universit\u00e9 Paris-Cit\u00e9 (2018) et \u00e0 l\u2019INHA (2025). Ses travaux les plus r\u00e9cents constituent des nouveaux jalons sur l\u2019histoire des expositions et des collections d\u2019art africain au Br\u00e9sil.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Primeira visita de Chefe de Estado africano ao Papa.&nbsp;<em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, 01.07.1962, p. 5.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Conc\u00edlio e guerras. Jornal do Brasil, Rio de Janeiro, 12.09.1962, p. 7.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/9C6E5409-061D-40A7-A554-D9FB1A55E9A3#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Si dans le premier catalogue de l\u2019art africain du MNBA, Mariza Guimar\u00e3es (1983 : 25) affirma que les quatre d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant sculpt\u00e9es venaient du Benin, dans le dernier catalogue (MNBA, 2025&nbsp;: 201-204), les m\u00eames objets sont identifi\u00e9s comme originaire de \u00ab&nbsp;l\u2019ancien Royaume du Benin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie <\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Alexandre GIRARD-MUSCAGORRY<\/strong>, \u00ab Les&nbsp;<em>regalia<\/em>&nbsp;du pr\u00e9sident \u00bb,&nbsp;<em>Les Cahiers de l\u2019\u00c9cole du Louvre<\/em>&nbsp;, 12 | 2018&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/cel\/840\">http:\/\/journals.openedition.org\/cel\/840<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ana&nbsp;<\/strong><strong>TELES DA SILVA<\/strong><strong>,<\/strong>&nbsp;60 anos da cole\u00e7\u00e3o de arte africana do MNBA: Repensando uma trajet\u00f3ria. In&nbsp;<em>Arte africana: 60 anos da cole\u00e7\u00e3o de arte africana do MNBA<\/em>&nbsp;(pp. 36\u201350), Rio de Janeiro, AREA27, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Audrey BECKER<\/strong>, La girafe et la clepsydre Offrir des cadeaux diplomatiques dans l&#8217;Antiquit\u00e9 tardive.&nbsp;<em>Monde(<\/em>s) 5(1), 2014, 27-42.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/mond.141.0027\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/mond.141.0027<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Carlos Henrique GOMES DA SILVA,&nbsp;<\/strong><em>Protagonismo negro no patrim\u00f4nio art\u00edstico nacional?<\/em>&nbsp;<em>A presen\u00e7a de artistas negros e da cole\u00e7\u00e3o de arte(s) africanas no acervo do Museu Nacional de Belas Artes do Rio de Janeiro, Brasil.&nbsp;<\/em>Tese de Doutorado apresentada ao Programa de P\u00f3s-Gradua\u00e7\u00e3o em Museologia e Patrim\u00f4nio (PPG-PMUS), Unirio, 2024.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9cile FROMONT<\/strong>,&nbsp;A carved Loango tusk: Local images and global connections.&nbsp;<em>African Arts<\/em>, 45(1), 88\u201389, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Coline DESPORTES<\/strong>, N\u00e9gociations et \u00ab influence \u00bb sur le terrain des arts : un \u00e9change d\u2019objets entre la France et le S\u00e9n\u00e9gal dans les ann\u00e9es 1960.&nbsp;<em>Politique Africaine<\/em>. n. 165, 2022, p. 95-115.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Daniel BARRETTO<\/strong>, Olhares sobre a cole\u00e7\u00e3o de arte africana do Museu Nacional de Belas Artes. In.&nbsp;<em>Museologia, musealiza\u00e7\u00e3o e cole\u00e7\u00f5es: conex\u00f5es para reflex\u00e3o sobre o patrim\u00f4nio<\/em>. Rio de Janeiro, Unirio, 2016, p. 80-93.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ezio BASSANI, William B. FAGG,<\/strong>&nbsp;<em>Africa and the Renaissance. Art in Ivory<\/em>&nbsp;(Ausst.-Kat., The Center for African Art, New York; The Museum of Fine Arts, Houston).&nbsp;New York, M\u00fcnchen,1988.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabrielle Nascimento&nbsp;<\/strong><strong>BATISTA<\/strong>, O que dizer sobre as pol\u00edticas africanas do Brasil e as artes? Reflex\u00f5es sobre a Cole\u00e7\u00e3o Africana do Museu Nacional de Belas Artes (1961-1964). Rio de Janeiro, UFRJ\/ EBA, 2018.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>John M. JANZEN,<\/strong>&nbsp;<em>A carved Loango tusk: Local images and global connections<\/em>.&nbsp;University of Kansas, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Kathy CURNOW,&nbsp;<\/strong><em>The Afro-Portuguese ivories: Classification and stylistic analysis of a hybrid art form<\/em>.&nbsp;Indiana University, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Larissa Machado MOIS\u00c9S.<\/strong>&nbsp;\u201cDas gal\u00e9s \u00e0s galerias\u201d e \u201cdo Valongo \u00e0 favela\u201d: encruzilhadas de narrativas negras em exposi\u00e7\u00f5es de museus de arte. Disserta\u00e7\u00e3o de Mestrado apresentada ao Programa de P\u00f3s-Gradua\u00e7\u00e3o em Museologia e Patrim\u00f4nio (PPG-PMUS), Unirio, 2023.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mariza GUIMAR\u00c3ES,<\/strong>&nbsp;Hist\u00f3rico da cole\u00e7\u00e3o. In&nbsp;<em>Cole\u00e7\u00e3o arte africana<\/em>&nbsp;(p. 25). Museu Nacional de Belas Artes, Rio de Janeiro, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nichole&nbsp;<\/strong><strong>BRIDGES<\/strong>, <em>Contact, commentary, and Kongo memory: Souvenir ivories from Africa\u2019s Loango Coast, ca. 1840\u20131910<\/em>.&nbsp;University of Wisconsin, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peter MARK, Jos\u00e9 HORTA, Carlos ALMEIDA<\/strong>&nbsp;(ed.),&nbsp;<em>African Ivories in the Atlantic World, 1400-1900.<\/em>&nbsp;Center of History, University of Lisboa, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Phyllis MARTIN<\/strong>,&nbsp;<em>The external trade of the Loango Coast, 1576\u20131870<\/em>.&nbsp;Oxford University Press, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>S\u00edlvio Marcus de Souza CORREA<\/strong>, <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>O Brasil na mira de Senghor: a primeira exposi\u00e7\u00e3o de arte africana ap\u00f3s o Golpe de 1964.&nbsp;<em>Visualidades<\/em>, vol. 21. Universidade Federal de Goi\u00e1s, 2023.<\/li>\n\n\n\n<li>Marfim africano em objetos Art Nouveau: Imp\u00e9rios coloniais e hist\u00f3rias entrela\u00e7adas.&nbsp;In:&nbsp;<strong>HORTA, Jos\u00e9 da Silva, Carlos ALMEIDA, Peter MARK<\/strong>&nbsp;(ed.),&nbsp;<em>African Ivories in the Atlantic World, 1400-1900.<\/em>&nbsp;Lisboa, Centro de Hist\u00f3ria da Universidade de Lisboa, 2021, p. 615-638.<\/li>\n\n\n\n<li>Oceano Eti\u00f3pico, elefantes e marfim em iconografias neerlandesas. In:&nbsp;<strong>Vanicl\u00e9ia Silva SANTOS<\/strong>, (ed.).&nbsp;<em>Marfins no Mundo Moderno<\/em>. Curitiba, Prismas, 2017, p. 75-106.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Souleymane Bachir DIAGNE,<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor. L\u2019art africain comme philosophie<\/em>&nbsp;(2007), Paris, Riveneuve, 2019.<\/li>\n\n\n\n<li>Arts d\u2019Afrique : d\u00e9territorialisations-reterritorialisations. N. 1, Imprints.https:\/\/provenanceresearchfund.org\/n1-arts-dafrique-deterritorialisations-reterritorialisations\/<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Vanicl\u00e9ia Silva SANTOS<\/strong>, (ed.).&nbsp;<em>Marfins no Mundo Moderno<\/em>. Curitiba, Prismas, 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N. 9395 MNBA. 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